Didier Bès « l’effectif permet que personne ne soit dans la facilité ! »

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Après deux journées de championnat, l’expert de la mêlée auvergnate, Didier Bès, revient sur les nouvelles interprétations de la règle, les réglages à trouver dans une phase de jeu qui au-delà du bras de fer physique qu’elle impose reste un curseur psychologique important dans l’affrontement que se livrent les hommes forts. Décryptage…

Avec les ajustements annuels de la règle, un temps d’adaptation est nécessaire pour que tous les protagonistes (joueurs et arbitres) trouvent leurs repères dans un secteur où force, technique et roublardises cohabitent depuis toujours. Didier Bès, le maître de la mêlée auvergnate fait le point sur ce début de saison. « Depuis la reprise du championnat, on se retrouve avec des équipes qui mettent de la pression dès l’entrée alors que les arbitres demandent une phase de stabilité. Ils ont perdu la main sur ce temps que se sont réappropriés les joueurs. Désormais, il est très compliqué d’attendre un moment de stabilité commun entre tous les protagonistes d’une mêlée. Soit tu essayes d’anticiper, sois tu attends avec le risque de te faire prendre par ton adversaire. » Après 2 journées tout le monde est encore dans le tâtonnement et a besoin de s’adapter. « Il faut trouver le bon compromis avec les règles », confirme le spécialiste clermontois. « Ce n’est pour l’instant clair pour personne et comme à chaque fois qu’il y a une modification, cela demande un temps d’adaptation. » Pas question de s’exposer, la mêlée reste une épreuve de force ou subir ne fait pas partie de l’équation. « Comme tout le monde, nous travaillons pour nous ajuster à cette règle mais l’objectif est de rester dominant car cette notion permet d’avoir une petite avance par rapport au jugement de l’arbitre. »  Didier dresse un premier bilan mitigé de cet ajustement de la règle en attendant que le secteur se régule de lui-même. « J’ai regardé tous les matches des deux premières journées et nous avons vu qu’énormément de mêlées ont été injouables car les équipes ont cherché à anticiper la poussée sans passer par une phase de stabilité. Il va falloir encore un peu de temps pour que tout cela se régule. Pour moi, nous avons fait un pas en arrière avec des angles de poussée qui ne sont pas bons, des équipes qui anticipent… Pour l’instant c’est beaucoup moins propre que cela a pu l’être. » Pourtant, il se veut optimiste et conserve un attachement profond à ce secteur du combat qui va bien au-delà de l’affrontement direct. « Nous voyons bien que la règle va vers le passage de l’affrontement à la remise en jeu, mais je ne suis pas sûr que culturellement nous sommes prêts à cela. »

« En France, nous ne sommes pas prêts à réduire la mêlée à une remise en jeu ! »

« L’objectif qui m’est confié est de pouvoir utiliser un maximum de ballons derrière notre mêlée avec une circulation de balle rapide et cela malgré une énorme pression que nous mettent nos adversaires ». Nous en revenons à cette fameuse « remise en jeu ». Mais pas question de la réduire à sa portion la plus simpliste pour le spécialiste de la mêlée auvergnate. « Franchement, quand je regarde le Super Rugby, je ne prends pas forcement de plaisir. Certes il y a plus de jeu, plus de passes mais aussi beaucoup moins d’affrontement. Les phases de mêlée sont souvent posées, les rucks sont moins disputés, c’est une autre façon de voir les choses. Je crois qu’en France et qu’en Europe, culturellement, nous ne voulons pas ça ! Dans notre championnat, l’impact de la mêlée va au-delà de cette phase de jeu et rejaillit sur tout l’affrontement du paquet d’avants. C’est la seule phase de combat où tu es en contact direct avec l’adversaire. C’est une remise en jeu mais aussi un endroit où tu peux marquer, user ton adversaire et prendre un ascendant psychologique sur lui. » Dans ce domaine, les Auvergnats semblent particulièrement bien armés avec un mélange de joueurs confirmés, expérimentés ou de jeunes en devenir. « Je parlerais plus de complémentarité », corrige Didier. « Samedi, par exemple, nous avons vu l’importance du banc. Les joueurs travaillent ensemble sur la durée de la rencontre et cela nous a permis d’enfoncer le clou. Au moment des turnovers, là où il peut parfois y avoir la possibilité de souffler ou d’exister à nouveau pour les adversaires, les garçons ont travaillé dans la continuité et gardé l’emprise sur la mêlée adverse. » Dans les séances spécifiques de la semaine, Didier Bès a remarqué l’émulsion positive. « Lors de chaque séance, les piliers parlent entre eux et cherchent à reproduire ou créer les problématiques qu’ils peuvent retrouver le week-end sur le terrain. La qualité de notre effectif permet d’aligner des premières lignes de même niveau et de reproduire des situations de match. Avec le niveau d’opposition que nous avons en interne et la volonté de chaque joueur, même les meilleurs ne sont jamais dans la facilité et les affrontements sont toujours très constructifs. » De quoi se préparer à une belle empoignade tout au long de la saison dans un domaine toujours aussi important. A commencer par ce déplacement à la Rochelle, justement bousculée dans ce secteur face aux Parisiens. Les Rochelais devraient avoir à cœur de se reprendre devant un public de Marcel-Defandre qu’ils retrouveront à l’occasion de cette troisième journée de Top 14.