Entretien avec F.Azéma : analyse à froid et coup de gueule !

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A froid, Franck Azéma se confie sur son sentiment après cette finale de Coupe d’Europe : La déception, la reconnaissance de la supériorité des Saracens, les ambitions pour la suite de la saison mais aussi son coup de gueule vis-à-vis des mots utilisés par l’Equipe dans son édition du dimanche. Entretien…

Franck, 48 heures après la finale face au Saracens, que reste-t-il ?
De la déception forcément. Nous avons le sentiment d’avoir beaucoup donné sur ce match-là, d’être restés au contact de cette équipe jusqu’à la 71ème, mais aussi d’avoir beaucoup écopé et d’avoir craqué sur la fin. Nous avons été mis sous pression, nous nous y attendions car c’est la force des Saracens d’agir ainsi, mais nous n’avons pas été suffisamment capables de sortir de cette étreinte là pour mettre notre jeu en place. Heureusement que nous avons des vertus et que nous n’avons jamais rien lâché. Nous sommes systématiquement revenus dans la rencontre mais nous n’avons pas pu exprimer notre rugby, celui que nous avions préparé, parce qu’en face la qualité de cette équipe anglaise nous a empêché de le faire, tout simplement.

Est-ce moins compliqué à accepter devant la supériorité des Saracens ?
C’est frustrant, mais nous n’avons pas de regret à avoir notamment par rapport à notre investissement. Contrairement à d’autres finales où nous étions passés à côté mentalement, ou par naïveté, je ne pense pas que ces sentiments-là puissent ressortir de cette finale. Je suis fier du comportement de l’ensemble du groupe. Depuis que je suis au club, c’est la première fois que je vois 45 joueurs mobilisés dans le but d’atteindre un objectif commun avant de penser à des objectifs plus personnels, c’est pour ça que j’ai beaucoup d’espoirs sur les 15 jours à venir et que je n’ai pas de doute sur la remobilisation de tout le monde sur ces objectifs-là.

« Les mots employés par le journal « l’Equipe » sont inadmissibles ! »

Cela rejoint le regard de nombreux spectateurs et observateurs qui ont souligné la qualité de Clermont et les vertus de ton équipe…
Franchement, je remercie notre public qui a montré un soutien énorme avant, pendant et après la rencontre. Ceux qui se sont déplacés et ont mis dans le stade une ambiance incroyable, ceux de Jaude, mais aussi ceux qui sont venus nous attendre à l’aéroport. La presse de façon générale a bien analysé cette finale, et a fait preuve de soutien au niveau local avec la Montagne notamment. Cela dit, je suis en colère après « l’Equipe » et la manière irrespectueuse avec laquelle ils ont jugé notre travail et les Hommes. On se plaint en France de ne pas avoir d’icone dans le rugby et quand je lis « Rougerie, le roi de la Loose » pour moi c’est inadmissible ! Cet article a d’ailleurs le courage de son auteur puisqu’il n’est même pas signé ! Aurélien à plus de 400 matches avec Clermont, 70 matches en Coupe d’Europe, 3 Coupes du Monde, s’il y a un joueur qui représente le Rugby et ses valeurs, c’est bien lui ! Se comporter comme l’a fait ce journal est anormal et irrespectueux vis-à-vis du joueur et de l’homme. J’aimerais bien avoir le CV du mec qui a écrit ça, quelles sont ses compétentes et quelles sont ses réussites pour pouvoir se permettre de juger un joueur comme ça ! Ce sont des propos que nous ne pouvons pas laisser passer, qui me marquent profondément et qui ont le don de me mettre en colère.

Pour revenir sur la finale face aux Saracens, le club de Clermont est-il à sa place dans cette compétition ?
En tout cas sur cette finale, les Saracens ont été meilleurs que nous. Je ne dis pas que si nous devions rejouer le match, le résultat pourrait être différent, mais il faut reconnaitre qu’ils ont été là, le jour j, et nous ont dominés. Notamment grâce à leur pressing qui a provoqué des petites erreurs et nous a contrarié dans la construction de notre jeu. Il aurait fallu parvenir à nous exprimer de la manière dont nous avons joué toute la saison. Ils ont tout fait pour ralentir nos ballons et nous étouffer, nous empêchant de produire le rugby riche qui avait fait notre force sur le début de la compétition.

"je remercie notre public qui a montré un soutien énorme avant, pendant et après la rencontre. Ceux qui se sont déplacés et ont mis, dans le stade, une ambiance incroyable, ceux de Jaude, mais aussi ceux qui sont venus nous attendre à l’aéroport". 

L’équipe s’est pourtant accrochée pour être encore au contact à un point des Anglais à 10 minutes de la fin de la rencontre…
Oui, nous aurions même pu faire un hold-up, si nous avions été capables de scorer et de passer devant cette équipe. Mentalement, ils auraient pu se retrouver en difficulté et l’équilibre aurait pu s’inverser. Cela n’a pas été le cas, nous n’avons pas su profiter de cette opportunité.

Vous avez longtemps tenu tête à la meilleure équipe d’Europe comment se servir de cela pour retrouver le Top 14 !
En étant capables de jouer à ce niveau-là, en répétant ce type de performance dans l’engagement et dans l’intensité. Nous allons changer de compétition, il faut construire sur ce match, sur les bonnes choses que nous avons été capables de faire et être encore plus exigeants. J’entends beaucoup dire « est-ce que Clermont va être capable de rebondir ? » Il n’y a pas de choix par rapport à cela, c’est difficile de perdre un match comme celui de samedi, mais ce sera bon de jouer une demi-finale du championnat de France à Marseille dans 15 jours. Je veux que nous retenions ce qui est stimulant et la façon avec laquelle nous devons nous comporter et être capables de nous exprimer sur le terrain.