Les « jaune et bleu », les derniers romantiques ?

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Dans un Rugby qui a tendance à se restreindre à un jeu de casse-briques et où il est devenu plus important d’encaisser moins de points que son adversaire plutôt que d’en inscrire davantage, les « jaune et bleu » protègent encore une certaine idée du jeu. Un Rugby qui déplace le ballon, les défenses et crée des intervalles ou des situations de surnombre. L’essence même de notre sport qui, en plus du combat et de l’affrontement nécessaires, peut encore aujourd’hui être un jeu d’évitement. Pas étonnant que le public adhère et que l’ASM Clermont Auvergne exerce un pouvoir séducteur bien au-delà de ses frontières géographiques. La passion ne s’impose pas, elle se transmet et il n’y a pas meilleur vecteur que le plaisir pris par les hommes de Franck Azéma sur la pelouse pour s’en convaincre…

Avec l’évolution technologique et les moyens mis en place par les télédiffuseurs, on peut désormais vivre de l’intérieur et presque en LIVE les actions, s’immerger au cœur des attaques. La promesse est séduisante, malheureusement, Il faut bien dire que parfois, et même s’il est certes plus facile de jouer les matches dans son canapé que sur le terrain, les « palettes » analysées ne plaident plus vraiment en faveur des attaquants. Courses fuyantes en direction de la ligne de touche, surnombres grillés par une passe sautée ou passes mal-ajustées, les derniers matches de barrages et certaines actions des demi-finales ont montré une certaine pauvreté offensive. Clermont fait figure d’exception et fut probablement avec le Racing, la seule équipe à décider de produire et d’accélérer plutôt que détruire et ralentir. Dans ce rugby physico-physique prôné par de nombreuses écuries les cadrage-débordements ont progressivement laissé la place aux percussions toujours plus violentes.

Enfants de la balle …

Même les Rochelais, si joueurs tout au long de la saison, ont choisi de réduire la voilure (et le risque qui va avec) pour tenter de contenir la puissance adverse sans trop s’exposer. Parce qu’une percussion et qu’un passage au sol restera toujours moins risqué qu’une prise d’intervalle et une passe après contact, glisse-t-on doucement vers du simple jeu d’affrontement qui finira par lasser les spectateurs et téléspectateurs ? A cette question, Franck Azéma et ses hommes répondent non ! Non pas que leur rugby n’est pas capable de tenir et d’imposer sa dimension physique comme il a su le faire à de nombreuses reprises cette saison ou construire certaines victoires sur une défense de fer, mais parce que leur philosophie se veut plus ambitieuse. Parce que le rugby reste un sport où le ballon va toujours plus vite que ceux qui courent à côté, et que pour déplacer les hommes et créer des intervalles (ou accessoirement remplir des stades), le jeu à une passe n’a jamais été le bon modèle.

Clermont l’attaque la plus prolifique de France !

Alors oui ! Jouer, se faire des passes, augmente le risque, il décuple aussi le plaisir que les joueurs sont capables de prendre et transmettre du terrain vers les tribunes ou encore plus loin à travers les ondes et les écrans TV.  Avec 87 essais inscrits en championnat, la méthode de Franck Azéma a une nouvelle fois été la plus prolifique du Top 14 (mais aussi en Champions Cup). Des essais, des surnombres joués, des intervalles pris, Clermont a su se créer une véritable identité, une forme de jeu de mouvement qui, en plus de plaire, s’est montrée efficace. Loin d’oublier le combat qui reste la base de la conquête et de la conservation de balle (nottament grâce à l’engagement et l’organisation dans les zones de ruck), Clermont mise sur la vitesse, le déplacement ainsi que sur la justesse des courses et des décisions. Un rugby complet, spectaculaire qui va provoquer, défier et permettre aux qualités des joueurs de s’exprimer. Un champ lexical bien plus vaste que le rentre-dedans qui tend à se généraliser nottament au moment où l’enjeu devient plus important, au point presque de tuer le jeu lui-même. Et parce qu’une attaque en première main (comme l’essai inscrit par Damian Penaud en demi-finale) ou un surnombre joué à la perfection (comme celui aboutissant à l’essai Fritz Lee face à ces mêmes Racingmen) feront toujours plus lever la foule qu’un énième pick and go, la « Yellow Army » est toujours aussi nombreuse et fidèle à son équipe. Sa passion, parfois débordante, n’est que le reflet d’un jeu qui se veut tout sauf terne et monotone. Quant à l’efficacité qui reste la pierre fondatrice des victoires dans le sport, du côté de Clermont, on continue de croire, et de prouver, qu’elle n’est pas indissociable de l’ambition.

William Shakespeare disait de la Passion qu’elle « s’accroit en raison des obstacles qu’on lui oppose » Face aux Toulonnais qui se dresseront sur la route des Auvergnats, dimanche au stade de France, on peut être certains que celle des « jaune et bleu » de leur leur « Yellow Army » et de beaucoup d’autres supporters en France sera décuplée.

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