Porteurs de balle, duels aériens, collisions, public, éclairage sur la finale !

image description

Invaincus en Coupe d’Europe depuis 17 rencontres, les Anglais des Saracens proposent un jeu direct, chirurgical et usant sur lequel ils ont construit leur doublé la saison dernière (champion d’Europe et d’Angleterre). Une machine à avancer que les hommes de Franck Azéma devront parvenir à contrarier et stopper pour parvenir à l’emporter. Les clés de la rencontre…

 

Canaliser leurs gros porteurs

Avec des porteurs de balle aussi puissants que les frères Vunipola et Maro Itoje, les Sarries possèdent une force de frappe considérable. Même lorsque le rythme de la rencontre est lent, leur puissance permet d’user leurs adversaires dans le petit périmètre. Patiemment, centimètre par centimètre, ils grignotent la ligne d’avantage grâce à la puissance de leurs joueurs et l’organisation des soutiens. Sans fioriture et même si le côté spectaculaire est laissé de côté, l’efficacité est redoutable et comme le dit Franck Azéma, lui-même « ils auraient tort de changer, puisque cela fonctionne ! » Pour contrer cette entreprise de démolition progressive, il faudra que la défense clermontoise exerce un énorme pressing sur le porteur de balle et tente d’avancer à l’impact pour empêcher les Anglais de jouer face à une défense sur les talons. Difficile de mobiliser plusieurs défenseurs sur le porteur de balle puisque ceux-ci ont également de bonnes mains et sont capables de jouer après contact dans d’éventuels espaces intérieur ou extérieur autour du porteur. Clermont devra ainsi être intraitable sur la ligne d’avantage et irréprochable dans les duels en un contre un. En canalisant les gros porteurs anglais, les « jaune et bleu » se dégageraient une bonne partie du ciel de Murrayfield.

 

Duels aériens annoncés dans le ciel écossais !

Les Champions d’Europe en titre sont ceux qui ont le plus utilisé le jeu au pied offensif depuis le début de la compétition. Autant par souci d’occupation que par intention de mettre de la pression sur le fond du terrain adverse, la charnière anglaise use et abuse du « kicking game », ce jeu au pied stratégique qui retombe près de la ligne des 22 mètres adverses en même temps que les premiers défenseurs. Parfaitement organisés dans ces exercices de « chasse » les Sarries étouffent ainsi leurs adversaires en coupant les possibilités de relance et en compliquant les solutions pour sortir proprement de son camp. Rivaliser dans le domaine aérien (en gagnant le duels) est une première solution pour repousser le danger. Le travail des soutiens offensifs est également très important pour sécuriser les ballons et pouvoir les jouer sereinement sans subir l’énorme pression que chercheront à imposer les Anglais qui construisent autant leur victoire dans le domaine défensif que ballon en mains…

 

Collisions contre évitements !

Même si l’une et l’autre des équipes ont les capacités de jouer dans ces deux domaines, les philosophies de jeu des Clermontois et des Saracens sont bien différentes et chacune des deux équipes voudra contrer l’autre sur ses points forts. La patience et l’organisation des Saracens capables de tenir le ballon sur des séquences à une passe pendant une vingtaine de temps de jeu, contre le dynamise et la faculté de déplacement des Auvergnats qui tenteront de créer le désordre pour sauter dans les intervalles. Face à l’attaque et parfois le jeu de casse-briques des Anglais, les Auvergnats devront se montrer patients et disciplinés : tenir sans subir avant d‘attendre la bonne opportunité pour isoler le porteur et priver les Anglais de solutions. Les Saracens tenteront de leur côté de suivre les mouvements auvergnats en réorganisant leur défense sur la largeur en évitant les situations de désordre dans lesquelles le talent des « jaune et bleu » s’exprime. Les Saracens devraient vouloir ralentir le jeu des Auvergnats ; celui qui tiendra le rythme de la rencontre ne sera pas loin de la Coupe…

170512-saracens-3.jpg 1
 

Maîtrise et Discipline

La demi-finale de 2015 à Saint-Etienne avait été dominée par deux blocs défensifs impressionnants pour une rencontre serré voire cadencée. Même si les deux formations ont évolué depuis, nul doute que les occasions seront rares et il y a peu de chances d’assister à une rencontre totalement débridée. Dans ce contexte et comme toujours à ce stade de la compétition, la discipline sera un des clés de cette finale que disputeront deux formations constellées d’internationaux rodées à ces rencontres fermés. Avec des buteurs de la trempe de Camille Lopez et Morgan Parra (près de 90% à eux deux depuis le début de la compétition) d’un côté et Owen Farrell (8 sur 8 lors de la demi-finale) de l’autre, personne ne souhaitera laisser trop d’occasions à son adversaire au risque de voir le tableau de marque grossir. Il faudra ainsi trouver la bonne mesure entre intensité, agressivité et maîtrise : rester sur la ligne jaune sans jamais la dépasser pour éviter à Monsieur Owens de donner trop d’occasions de briller aux buteurs.

 

Le pouvoir de séduction de la « Yellow Army » !

Dans un stade de 60 000 spectateurs, ni les Saracens (4-5000 supporters attendus) ni les Auvergnats (3-4000 membres de la Yellow Army) ne débuteront la rencontre dans un stade acquis à leur cause, comme cela a pu être le cas lors de la demi-finale à Gerland pour les Auvergnats. Un avantage que les « jaune et bleu » pourraient bien rapidement retrouver pour plusieurs raisons. La première concerne les Saracens, dont la côte de popularité en Angleterre mais aussi dans l’ensemble du Royaume-Uni n’est pas très élevée au contraire de celle des Auvergnats qui véhiculent grâce à leur style de jeu et la ferveur de leur « Yellow Army » un capital sympathie bien plus élevé (la Yellow Army recrute en Ecosse). Le statut d’outsiders des Clermontois qui défieront le tenant du titre rajoute probablement une part supplémentaire dans ce contexte. Reste aux supporters auvergnats à entrainer avec eux le plus grand nombre de spectateurs (qui seront très majoritaires) pour en faire des membres d’un jour de la « Yellow Army ». Nul doute que les Auvergnats prendront cette mission à cœur. Comme Franck Azéma et Aurélien Rougerie le rappelaient lors de la demi-finale, « les joueurs auront également une grande responsabilité dans le soutien de leur public en faisant ce qu’il faut sur le terrain pour déclencher l’enthousiasme » …  et convaincre ainsi Murrayfield de se rallier à la « Yellow Army » pour cette finale.