ASM-Romagnat Rugby Féminin

Ribeyrolles « je pensais que ce serait dur, mais pas à ce point ! »

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Fabrice Ribeyrolles, l’ancien trois-quart centre montferrandais,  revient sur la première saison dans le Top 8 des filles de l’ASM-Romagnat dont il est l’entraineur. Une semaine après le maintien dans l’Elite acquis lors de la dernière journée face à Caen, il revient sur la saison passée et les ambitions à venir…

 

Fabrice, j’imagine que tu es un entraineur heureux ?

Soulagé. Très soulagé après une saison assez compliquée, une montée un peu précipitée qui n’avait pas permis d’anticiper le recrutement… Pour ne rien arranger, le groupe a diminué en effectif avec quelques départs et arrêts et puis rapidement des blessées, donc une équipe très réduite pour affronter ce qui se fait de mieux en Top 8 dans l’Elite du Rugby féminin. Nous sommes passés par différentes étapes avec parfois des scores fleuves par manque d’effectif ou par de réelles différences de niveau face à des équipes qui ont l’habitude du Top 8 depuis des années comme Montpellier, Rennes ou Blagnac. On a eu des moments difficiles mais tout le monde s’est accroché, on a respecté le championnat et joué jusqu’au bout notre chance. Cela nous a permis, sur le dernier match, d’avoir notre destin en mains et de faire ce qu’il fallait pour s’imposer et décrocher le maintien. Maintenant, l’objectif est de construire et de mieux anticiper la saison prochaine. 

 

T’attendais-tu à ce genre de difficultés ?

Je pensais que ce serait dur mais pas à ce point. Nous n’avons pas été épargnés par les blessures puisque nous avons eu 7 opérations. Comme nous avions un groupe de 22-23 filles capables de répondre aux exigences du Top 8, nous nous sommes rapidement retrouvés en difficulté. Nous avons parfois fait des déplacements à 19-20, avec des filles qui n’étaient pas du niveau, pas préparées pour jouer face aux meilleures féminines de France. Je savais que monter dans l’Elite sans recruter serait difficile, les blessures ont compliqué encore un peu plus les choses…

 

As-tu des objectifs plus ambitieux pour la saison prochaine ?

Pour avoir des objectifs plus ambitieux, il faut mieux préparer la saison que nous avions pu le faire la saison dernière. Là on est déjà dans le recrutement de filles à potentiel depuis quelques semaines. Des filles qui ont des sélections ou des pré-sélections en moins de 20, donc des filles qui ont du caractère, qui ont envie de réussir et de s’entrainer pour progresser. Nous essayons de leur proposer un projet sportif intéressant en termes d’entrainement et des facilités au niveau de leur travail. Le lien avec l’ASM nous apporte beaucoup par rapport à ça, les filles sont curieuses de découvrir ce projet et ont envie de s’investir ici. Il faut aussi que nous soyons capables de les faire entrer dans les universités donc il y a pas mal de boulot derrière toutes ces démarches. Mais dans l’ensemble le recrutement répond assez favorablement à mes appels et les filles ont vraiment envie de rejoindre notre projet.

«  Dans certaines régions, le rugby féminin est désertique ! »

Le rugby féminin a récemment été mis en avant, qu’est-ce qu’il manque, encore, pour le faire basculer dans une autre dimension médiatique ou populaire ?

Il manque pas mal de développement. Dans certaines régions, le rugby féminin est très développé mais dans d’autres, comme en Auvergne, il manque tout simplement de pratiquantes, de lieux d’entrainement pour faire découvrir, s’améliorer et se perfectionner. Le rugby féminin est parfois vraiment désertique. Notre équipe des moins de 18 joue à 15, l’équipe la plus proche est à Lyon. Cela donne une idée de la difficulté d’organiser des oppositions régulières et cohérentes. Il faudrait maintenant que le rugby féminin arrive à trouver sa place dans le paysage du rugby. Notamment en Auvergne où il faudrait plusieurs endroits de pratique pour que tout le monde puisse s’entrainer à son niveau. On a aussi une difficulté au niveau de la diversité de niveau des filles. Nous avons, à la fois, des filles de haut niveau qui ont joué en équipe de France et des filles qui débutent, qui découvrent le rugby donc il faut arriver à faire coïncider ces niveaux pour que tout le monde y trouve du plaisir. 

 

Concrètement, de combien de filles ton réservoir est-il composé ?

Pour jouer en Top 8, mon réservoir est composé de 25 filles au maximum. Difficile de faire des oppositions à l’entrainement sans risque de se blesser. Nous ne faisons jamais de 15 contre 15 en opposition et cela est forcément pénalisant par rapport aux autres équipes qui peuvent travailler en opposition tout au long de la saison. L’an prochain, les choses vont changer, car nous avons une grosse génération de cadettes qui vont monter. Elles vont nous apporter de la fraicheur mais aussi du sérieux car, pour la plupart, elles sont issues du pôle Rugby d’Issoire et ont l’habitude de s’entrainer 5 fois par semaine. Elles vont apporter un second souffle que nous comptons bien amplifier avec la venue de 10 à 15 recrues pour l’année prochaine. L’objectif est de former un groupe de 35-40 filles qui va pouvoir rivaliser en Top 8.

 

Comment se met en place le recrutement ?

Le réseau, ce sont des contacts à la Fédération qui voient les jeunes filles et qui me donnent des noms. Ce sont aussi des connexions et des discussions avec d’autres personnes du milieu du rugby. Le bouche à oreille fonctionne très bien et parfois nous avons même des filles qui parlent entre-elles et nous rejoingnent avec des copines. Cela se fait naturellement. Nous avons la confiance de certains contacts à la Fédération qui savent qu’ils peuvent nous confier des filles à bon potentiel, que nous savons les mettre dans des situations de progression.

 

Tu parlais précédemment de la connexion avec l’ASM. Lors du dernier match, il y avait beaucoup de supporters, penses-tu que cela contribue à l’engouement autour des filles de Romagnat ?

Oui parce que c’est une reconnaissance, une récompense. Quand on s’appelle « ASM » dans le monde du rugby, on sait que c’est un club de qualité, très structuré, qui veut travailler et réussir, qui a de l’ambition et qui vise l’excellence. Nous retrouvons tout cela dans nos exigences mais aussi dans l’attente du public à venir nous voir évoluer. Je me rappelle, la semaine dernière, il y avait des drapeaux « jaune et bleu » dans les tribunes, la faisait chaud au coeur. Et puis ce lien avec l’ASM nous permet d’avoir des conditions de travail attractives, montrer qu’on est dans la construction de l’avenir. On n’est pas en Top 8 pour une année et repartir ensuite, le club de l’ASM-Romagnat veut se structurer sur la durée, exister et monter vers les meilleures équipes du Top 8 dans les années à venir.

 

Financièrement, il y a un monde avec le rugby masculin… Les filles ont même lancé une pétition pour financer les maillots …

Le club a beaucoup de besoins, notamment dans les déplacements et le matériel. Et tout le monde a eu envie de se mobiliser en faisant un appel aux dons sur Ulule pour que les gens participent en mettant ce qu’ils veulent. Nous espérons que cela va nous permettre d’avoir un équipement qui permettra de s’identifier, d’être reconnu, d’avoir une vraie valorisation de l’équipe quand nous nous  déplacerons ou que nous jouerons à la maison. C’est important pour les filles d’avoir cette reconnaissance dans le monde du rugby, une réelle identité pour voyager, montrer qu’elles existent. De montrer comme les garçons, qu’elles jouent au rugby et qu’elles sont capables de faire de belles choses.

« Avec les filles, il faut faire encore plus attention à ce que l’on dit ! »

Tu as connu les garçons pendant longtemps à plusieurs niveaux, jusqu’au Top 14 avec La Rochelle et longtemps ici avec les Espoirs. Qu’est ce qui change vraiment avec les filles ?

Le discours et les mots doivent être un peu différents, il faut faire attention à ce que l’on dit par moment. Il peut y avoir des blocages !

 

C’est à dire…

Il y a des choses que l’on dit devant la vidéo qui me semblent naturelles : un coup de gueule quand ça ne va pas. Mais ça reste ancré dans la tête des filles, elles sont très revanchardes et trois semaines après elles font la tête et en reparlent encore. Pour moi la vidéo c’était à un moment précis, on a fait un mauvais match mais on passe à autre chose. Là, il y a des choses qui restent, elles sont très rancunières. Parfois, il y a aussi des problèmes de connaissance du rugby, d’évaluation personnelle qui font que parfois il y a un choc entre comment elles ont vu, ressenti leur match et ce qu’on attend d’elles. Et puis dans la communication, il faut faire très attention, on n’utilise pas les mêmes mots entre un public masculin et féminin, parfois ça peut choquer. J’essaye de faire attention (rires)…