Adrien Pélissié, le talon est dans le pré

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L’exploitation familiale située à Septfonds dans le Tarn et Garonne fait près de 200 hectares. Brebis, vaches à lait et à viande, céréales… c’est dans cet environnement où se sont succédées plusieurs générations que le talonneur clermontois a grandi et se ressource à chaque fois qu’il en a l’occasion. Les pieds bien sur terre, il connait depuis toujours la valeur du travail et de la nature. Il sait aussi qu’après le rugby, il retournera dans sa ferme poursuivre ce que ses aînés ont bâti et que son frère, son père et son oncle entretiennent au quotidien à la sueur de leur front. 

 

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Il n’a pas fallu bien longtemps pour convaincre le talonneur clermontois de nous parler de son attachement viscéral à la terre. Né à Montauban à quelques kilomètres de la ferme familiale, Adrien a grandi au milieu des vaches et des tracteurs. Un paradis pour ce petit garçon « rondouillard » comme il se définit et qui aime à se rappeler une enfance à la campagne en pleine nature au contact des animaux. Une vaccination à jamais avec cette terre qui ne cesse de le rappeler quand le rugby lui en laisse du temps. Après une année assez improbable à la découverte du Ninjutsu, un art martial pratiqué jadis par les espions japonais, Adrien signe sa première licence au Bas-Quercy Rugby à 5 ans. « Le Rugby comme la ferme font partie de ma famille, mes oncles ont tous joué, certains à plus haut-niveau que d’autres, dans les Landes, près de chez moi ou à Pamiers, en Ariège. » Dans ce sud-ouest où le rugby gagnait haut la main son match face au football dans le cœur des enfants, l’école de rugby était un passage obligé des « copains du village ». Longtemps, Adrien a joué pour eux, une à deux fois par semaine et le dimanche d’abord dans son village et plus tard à Caussade en Fédérale 3. Un parcours atypique pour celui qui, à côté, avait déjà planté quelques jalons dans la ferme familiale aidant son père et son oncle (le plus jeune et le plus âgé d’une fratrie de 6 enfants) héritiers d’une terre dans la famille depuis longtemps. « Je suis né dans ce milieu. La ferme c’est ma vie. Nous exploitons une centaine de vaches à lait, 35 mères pour la production de viande « Aubrac » et environ 80 brebis, sans compter les champs et les forets alentours qui s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares. J’ai toujours été passionné par ce milieu, la proximité des bêtes, la problématique de l’élevage, et tout ce qui compose l’Agriculture. Aujourd’hui comme hier, je reste à l’écoute de tout ce qui peut affecter l’élevage familial, j’ai mon père plusieurs fois par semaine au téléphone pour me tenir au courant du cours du lait ou de la viande, de la santé des animaux, des investissements qui sont envisagés. » Pelloche, comme tout le monde l’appelle, était probablement prédestiné à rester dans les terres familiales, comme son jeune frère, si le Rugby ne l’avait pas appelé. Il raconte … « J’étais avec mon père et mon oncle dans un champ lorsque José Diaz (ancien troisième ligne rugueux, aujourd’hui en charge de la formation castraise) m’a téléphoné pour me proposer de rejoindre le Castres Olympique. J’étais un peu surpris et j’ai tout de suite cherché à en profiter pour me rapprocher du Lycée Agricole afin d’associer à cette expérience un BTS ACSE (Analyse et Conduite de Systèmes d’Exploitation). Tant que je continuais mes études, mes parents étaient ok pour me laisser quitter la ferme, ils ne nous ont d’ailleurs jamais mis la moindre pression vis-à-vis de cela. De toute façon, ils nous ont transmis l’amour de la terre et du travail avec les animaux et cela restera pour toujours. » 

« Si je ne reviens pas un jour à la ferme, j’aurais raté ma vie ! » 

Le rugby s’est ainsi progressivement ancré dans la vie de ce talonneur en devenir qui va vivre « de belles années au CO » avant de rejoindre Aurillac durant 4 saisons puis l’UBB avec une saison 2018 exceptionnelle où il découvrira successivement, les Barbarians, l’Équipe de France, le Tournoi des 6 Nations et une tournée en Nouvelle-Zélande. Désormais rugbyman à « plein temps » il n’oublie pas d’où il vient et où il s’est juré de retourner. « Franchement, si je ne retourne pas à la ferme, j’aurais raté ma vie ». Tout sauf des paroles en l’air pour ce garçon qui n’oublie jamais de « donner la main » lors de ses vacances en revenant sur le domaine familial pour reprendre les clés du tracteur et partir nourrir les bêtes ou assurer la traite au petit matin. « Cela fait partie de moi, je ne me vois pas, rentrer à la maison et me mettre dans le canapé en attendant que ça passe. L’Agriculture est un métier difficile, où tu n’as pas de vacances ni d’horaires, les bêtes ont besoin de manger tous les jours et l’amplitude horaire suit le soleil. J’ai déjà des projets pour mon retour à la ferme, la mise en place de ventes directes, monter une boutique de produits frais ... C’est un monde en pleine évolution et il faut suivre pour simplement survivre. » Issu d’une famille modeste, il a une énorme estime pour ceux qui mouillent le maillot pour joindre les deux bouts et regrette l’image que peut avoir ce secteur. « Je sais le travail que nécessite une exploitation et quand j’entends que les Agriculteurs sont toujours en train de se plaindre et vivent des aides européennes, ça me met hors de moi. Je défie quiconque de venir une semaine dans une exploitation agricole et dire que c’est une belle planque ! L’Agriculture construit des hommes rudes, des besogneux »… Pas étonnant que bon nombre de grands joueurs de l’Histoire du XV de France soient issu de ce milieu ô combien respectable et nécessaire à la prospérité de notre pays. De cette éducation, de ses valeurs, Adrien tire une force et une abnégation qui en font un professionnel accompli et un homme heureux. « J’ai bien conscience d’avoir une chance immense de vivre du Rugby, je n’ai pas le droit de me plaindre, surtout lorsque je vois comment les gens de la terre en bavent pour joindre les deux bouts. » 
 

Humble et travailleur, il ne veut pas se positionner en donneur de leçon pour autant « qui serais-je pour faire cela ? » s’étonne-t-il. Non, Pelloche continue son bout de chemin, dans un sport où il retrouve ce qu’il aime : le combat, la solidarité et les copains, les pieds bien sur terre et l’esprit serein de celui qui sait où il poursuivra sa route. La sienne le ramènera où il a grandi, au milieu des bêtes et des bois où il jouait enfant et où il se jure de poursuivre ce que plusieurs générations ont construit : l’exploitation familiale de Septfonds.