Camille fait « l’école à la maison »

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Les crampons aux placards pour encore de longues semaines, Camille Lopez, l’ouvreur des « jaune et bleu », bien accompagné par sa femme Marina, ont endossé le rôle de professeurs des écoles pour accompagner Marius et Victor dans leurs apprentissages. Un drôle de match joué dans le huis-clos familial entre patience, complicité et devoirs face aux deux têtes blondes protégées de la morosité ambiante par l’insouciance de la jeunesse et l’amour protecteur de leurs parents. 

 

Les fidèles du Michelin les connaissent pour les voir sauter, dès le coup de sifflet final, la main courante en direction des bras de leur père avant de jouer jusqu’à la fin du tour d’honneur des joueurs avec un ballon repéré à l’avance sur la pelouse auvergnate. Eux, ce sont Marius et Victor, les deux aînés de la famille, qui, comme la plupart des petits écoliers du monde, sont actuellement confinés, en famille, en attendant que l’épidémie de Coronavirus ne les laisse reprendre leur vie d’enfant, loin des contraintes et des mesures barrières qui paralysent le monde. En attendant, comme tous, ils n’ont pas d’autre solution que de suivre les activités à distance envoyées de façon régulière et suivie par leurs maîtresses ; le tout chapeauté par leurs parents qui ne sont pas trop de deux pour canaliser l’énergie de leur progéniture. « Ils sont encore petits(moyenne et grande section de maternelle) alors la pression n’est pas la même que s’ils passaient le BAC à la fin de l’année. Nous ne leur imposons pas une rigueur folle mais on essaye quand même de tenir le programme. » A cet âge le niveau d’attention est très loin de la durée d’une mi-temps comme le confirme Camille « c’est plutôt 5-10 minutes » avant que les premiers signes d’impatience et de lassitude apparaissent. « On prend vraiment conscience du travail de fou que font les enseignants tout au long de l’année. Chapeau à eux ! C’est vraiment un métier que je respecte profondément, une vocation qui réunit beaucoup de qualités. » A priori,  pas vraiment les mêmes que celles qui permettent à Camille de figurer parmi les meilleurs ouvreurs du championnat de France… « C’est compliqué pour moi qui n’ai pas vraiment une patience exemplaire. Je suis dans la vie comme je suis sur le terrain, assez impulsif et expressif vis-à-vis de ce que je ressens. Je m’agace, je tourne, je bouge et je finis souvent par passer la main à Marina qui est beaucoup plus calme et patiente… » Une forme de complémentarité comme l’est l’éducation vis-à-vis de l’enseignement. « Ce sont deux choses complètement à part. Je pense que les parents sont là pour donner des valeurs à leurs enfants pour les faire devenir de bonnes personnes, mais l’enseignement c’est autre chose ! Franchement, nous n’avons pas les bons outils, les bonnes manières de faire, la pédagogie ça ne s’improvise pas … alors on fait au mieux avec le soutien de la maîtresse qui a bien dédramatisé la situation avant le confinement en nous rassurant sur le fait que cette période n’allait pas influencer la scolarité globale des garçons. »
 

C’est plus « la fête à la maison » que « l’école à la maison » par moment ! 


Camille a bien fait une introspection sur ses manières pédagogiques … « C’est vraiment compliqué de se mettre dans la tête des élèves parce que ce qui nous parait évident est parfois une notion qu’ils n’ont même pas abordée. C’est là où la patience est mise à rude épreuve ! » rigole le demi d’ouverture international. Camille nous cite l’exemple d’une comparaison de numération dans des carrés. « La consigne était de comparer le nombre de points placés à l’intérieur de plusieurs carrés. Je le voyais compter un, deux, trois… Je me disais nickel c’est ça et… , à peine, avait-il fini de compter son carré et qu’il s’attaquait à l’autre : il ne se souvenait plus du premier dénombrement et ne pouvait plus le comparer … Ca me rendait fou ! Au bout de deux ou trois fois, il avait compris tout seul et heureusement car moi je faisais n’importe quoi ! Les enfants ont besoin de répéter les choses, pour les comprendre… Nous les adultes nous voulons les choses tout de suite »   « En général, je passe le relais… avant de disjoncter ! » Son caractère entier, celui qui le permet d’être un vrai compétiteur, de s’envoyer comme un chien en défense et parfois même de s’emporter sur le terrain, n’a, dans cet exercice périlleux « d’enseignant temporaire », aucune utilité. « Je dois reconnaitre que je ne suis pas doué… » reconnait-il. A sa décharge, la bascule entre le rôle de « papa » et de « maître » peut aussi être une notion complexe pour les jeunes enfants. « C’est une évidence, ils comprennent très bien comment ils doivent être à l’école pour apprendre mais ils ont du mal à transférer le rôle d’enseignant sur leurs parents. Franchement, ça se passe mieux pendant les récréations et pour eux, l’École à la Maison, c’est plutôt la Fête à la maison » (rires). 
 

Pour cette nouvelle semaine de confinement, l’accent est porté sur l’écriture des nombres dans la famille. Les deux garçons passent les chiffres les uns après les autres inversant parfois, comme tous les enfants de leur âge, la boucle du 6 ou le trait du 1 (qui s’incline parfois vers la droite au lieu de pencher vers la gauche), faisant à chaque fois bondir leur père… aussitôt tempéré par Marina qui joue à la fois le rôle de maman et de pompier de service sur le caractère de son bouillant mari. Finalement « le meilleur moment c’est celui de la récréation » concède Camille qui ne raterait les moments de complicité avec ses enfants pour rien au monde. « C’est vrai que cette période est particulière, confirme l’ouvreur clermontois, mais plutôt que de ronger mon frein et râler, je préfère profiter de ces moments pour les voir grandir. Je n’ai pas vraiment pu le faire avec Marius et Victor, je me rattrape avec ma fille Alma qui a fêté ses un an, il y a quelques jours ». Pour Alma, il est encore trop tôt pour profiter des « cours théoriques » de son père qui devra encore « assurer ceux des deux garçons » avec l’aide précieuse de Marina, son épouse, durant quelques semaines. Après, il sera temps de reprendre (peut-être) le chemin de l’entrainement avec probablement une idée bien différente de cette profession d’enseignants dont on dit qu’ils exercent « le plus beau métier du monde ». Camille en est désormais convaincu… mais n’est pas prêt à échanger les rôles !