Enquête : sur terrain neutre ?

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Après journées 14 journées de Top 14, déjà 35 victoires (sur 93 rencontres disputées) ont été acquises à l’extérieur, contre seulement 21 la saison dernière. Une tendance également visible et remarquable dans la ligue 1 de Football (avec 36% d’augmentation des victoires à l’extérieur après 20 journées). Avec des jauges réduites et désormais à huis-clos, les stades n’exercent que peu ou plus leur pouvoir protecteur. Pendant cette crise sanitaire sans précédent, les équipes jouent désormais à 15 (ou 11 selon le sport concerné), l’effet 16ème homme s’est dissipé. Nous avons cherché à comprendre comment … Enquête !

 

 

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Les chiffres ne mentent pas, après 14 journées de championnat disputées, les clubs de Top 14 totalisent déjà 35 victoires acquises à l’extérieur (contre 21 la saison dernière), soit une augmentation de 66% par rapport à la saison dernière, dans cette vie d’avant où les spectateurs peuplaient encore les tribunes de tous les stades de France. Le Football montre la même tendance avec 72 victoires en Ligue 1 acquises à l’extérieur cette saison après 20 journées contre seulement 53 la saison dernière au même stade de la compétition (soit une augmentation significative de 36 %). Sans public, les stades ont-ils perdu de leur emprise sur les équipes adverses ? Probablement, les chiffres plaident en ce sens…

66% de victoires à l’extérieur en plus en Top 14 / 36% en Ligue 1 de Football !

Même si la proportion surprend, la tendance était déjà bien dans l’esprit du coach clermontois Franck Azéma. «  Nous le voyons à chaque journée de championnat. Depuis que le public n’est plus dans les stades, les victoires à l’extérieur sont beaucoup moins rares qu’elles ne l’étaient. » Comment l’expliquer ? Le coach des « jaune et bleu » a son idée. « C’est difficile de mesurer l’impact réel du public car il intervient dans beaucoup de secteurs. Il construit l’ambiance d’un stade. Nous sommes bien placés pour le savoir, ici au Michelin où notre Yellow Army a fait la réputation de notre club à travers son engouement, sa passion et sa fidélité. Lorsque nous jouons à domicile, le public intervient dès notre arrivée au stade. Nous arrivons à travers une haie humaine. Nous sommes dans l’ambiance avant même d’arriver à notre vestiaire où le bruit du public est présent malgré l’épaisseur du béton. Dès la sortie pour l’échauffement, les cris, les applaudissements et les drapeaux sont là pour nous rappeler où nous sommes… » Paul Jedrasiak avance une explication complémentaire. « Le Michelin a le pouvoir de nous galvaniser. C’est difficile à expliquer mais nous ressentons tous une fierté particulière à jouer dans ce stade face à nos supporters qui donnent beaucoup pour le club ». Sans eux, la bascule psychologique entre domicile et extérieur est forcément moins évidente à mettre en place. « Toute la semaine, nous évoluons dans cette enceinte, sans public, les matches actuellement se rapprochent un peu de cette ambiance ... » Les matches s’en retrouvent finalement « désacralisés » et cela même si les enjeux et les objectifs restent les mêmes. L’aspect psychologique joue également durant la rencontre poursuit le pilier clermontois Etienne Falgoux « Le public peut jouer un vrai rôle de soutien dans les moments forts, en fin de match, comme dans les moments où l’équipe est plus en difficulté. Parfois, nous pouvons nous sentir portés, ou au contraire soutenus et presque infranchissables quand la foule hurle pour nous soutenir. » Bien sûr, ces notions sont également transposables sur les matches à l’extérieur où la pression sur l’équipe adverse n’existe plus et nivèle forcément un peu les valeurs. Les victoires à Mayol, à Jean-Dauger, à Aimé-Giral au Michelin ou à Marcel-Deflandre ont-elles la même saveur cette année… pas sûr ! Ces stades font-ils moins « peur » à ceux qui les visitent, cela parait évident.

Du soutien à son équipe, de la pression sur les adversaires…

La question de l’influence sur l’arbitrage mérite également d’être posée. Comme sur l’équipe adverse, le public peut également mettre une pression sonore sur l’arbitre. Un joueur raconte. « Tous les joueurs ont déjà vu cette scène, l’équipe locale qui pousse dans un moment clé en cherchant la faute et tout le public qui la demande également en sifflant ! » Parfois cela marche … pas en ce moment.

Même s’il est difficile à quantifier et mesurer, le rôle du public est bien significatif comme le prouvent les augmentations sensibles des résultats à l’extérieur dans les deux sports où il est le plus présent en France. Ce 16ème homme est bien réel et comme souvent, l’absence nous en fait remarquer l’indispensabilité. Et ce ne sont pas quelques artefacts et autres trompes l’œil qui pourront le compenser. « Le 16ème homme, ce ne sont pas simplement des mots, conclue Franck Azéma. Ce sont des sacrifices, du temps, de la passion, de l’organisation, de la transmission, des couleurs et des drapeaux » : la vie de tout un stade qui fait sa force et son ambiance. Tout ce qui nous manque tant en cette période où le Michelin sonne creux en attendant avec impatience que sa Yellow Army ne soit autorisée à revenir lui donner vie.