Entretien avec Paul Albaladejo

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Son nom chante le Rugby, son grand-oncle, Pierre, fut la voix du XV de France durant plusieurs décennies. Paul s’est lui construit avec l’équipe de France à Sept avec laquelle il a évolué 7 ans avant de se reconvertir dans l’encadrement de cette discipline au sein de la FFR. Entraineur de la sélection monégasque lors de la première édition du Superseven, c’est à l’ASM Sevens Intermarché qu’il a décidé de confier son expérience et ses compétences pour cette deuxième édition dans laquelle il a réussi à porter le club parmi les huit équipes qualifiées pour le tournoi final de novembre. Interview…

 

Comment es-tu arrivé dans ce projet de d’ASM Sevens Intermarché ?
Je suis arrivé par l’intermédiaire d’Adel Fellah (directeur sportif de l’ASM Rugby Academy) que j’ai contacté dans le courant de l’année 2021, pas forcément pour ce projet mais pour voir si il existait des possibilités de travailler ensemble. Dans le contexte d’organisation compliquée de ce tournoi à 7, le club a jugé intéressante l’idée de détacher une personne extérieure et « estampillée 7 » sur ce projet. Cela s’est construit comme cela. Ma mission ira jusqu’au débriefing qui succèdera à notre tournoi final à la Paris Défense Aréna.   

Quel est ton retour, à froid, sur ces 3 premières étrapes qui ont permis aux Clermontois de se qualifier pour la grande finale ?
C’est une très bonne chose que l’ASM, qui est un grand club de rugby à XV, soit représentée parmi les 8 équipes qui joueront cette finale au mois de novembre. Dans ce contexte particulier avec beaucoup de contraintes durant la saison estivale, au milieu d’un club qui préparait le début de la saison à XV et où tout le monde était orienté dans cette direction, nous avions ces trois tournois qualificatifs à préparer avec ambition. J’ai pu impliquer 23 joueurs issus de l’ASM mais aussi de clubs extérieurs qui ont joué le jeu en nous prêtant de très bons joueurs. Tout le monde s’est engagé pleinement et a pris du plaisir dans ce projet avec en récompense une qualification méritée.

Concrètement de combien de temps disposais-tu pour préparer ces tournois ?
Nous avions deux séances (le mardi et le jeudi) d’une heure et demie avec la vidéo comprise ainsi qu’un Captain’s Run la veille du tournoi. C’est forcément peu mais nous avions tout de même trois fenêtres d’entrainements spécifiques où nous pouvions échanger sur le projet de jeu.

Comment as-tu vu ce groupe évoluer au fil des tournois ?
L’idée était d’avoir le moins de Turnovers possibles dans le groupe afin d’avoir de la continuité et de plus en plus d’automatismes, mais il fallait toutefois composer avec les obligations du groupe pro ce qui est parfaitement légitime. Nous avons construit le projet sur un groupe de cinq – six joueurs qui ont pu effectuer tous les tournois estivaux. C’était très important aussi bien sur le projet que sur le leadership d’avoir ces « cadres » sur lesquels j’ai pu m’appuyer et construire. L’évolution est notable puisque nous réalisons notre meilleur classement lors de la dernière étape à la Rochelle où nous finissons demi-finalistes. Nous avons travaillé pour installer un projet de jeu stable qui nous a permis d’aller chercher la qualification qui était l’objectif du club.

 

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Est-ce que tu as vu certains joueurs particulièrement se révéler sous le maillot de l’ASM Sevens Intermarché ?
Côté centre de formation, Lucas Oudard et Yohan Kehlhoffner ont vraiment répondu à toutes les attentes du staff. Tout le monde a été bluffé par leur investissement et leurs qualités dans cette forme de jeu. Côté Pros, Lucas Dessaigne et Clement Lanen qui était déjà là en 2020 (lors du premier Tournoi InExtenso Sevens) et sur lesquels nous avions décidé de nous appuyer, ont montré que le 7 pouvait servir de tremplin dans une jeune carrière pour accéder à des contrats à XV. Ils ont vraiment beaucoup apporté au groupe à travers leur expérience ou leur leadership dans notre aventure.

Comment va être utilisé cet espace de 2 mois entre les phases qualificatives et le Tournoi final où l’ASM Sevens Intermarché a obtenu sa qualification ?
Nous allons surtout prévoir tout ce que nous n’avions pas pu anticiper cet été au niveau de la logistique et de la préparation du tournoi. Nous avons l’opportunité de tout planifier sur la manière de monter à Paris, la logistique qui va nous accompagner et aussi la planification des entrainements préparatifs que nous effectuerons à Clermont et Paris. Nous allons essayer de dégager, dès que possible, le groupe que nous amènerons à Paris. Le travail à distance est compliqué, pour l’instant nous préparons le côté administratif et logistique, le sportif se fera autour du mois de novembre.

Est-ce que tu gardes un œil sur les Espoirs qui ont repris la compétition ce week-end ?
Bien sûr, j’ai accès aux vidéos et je suis en contact avec l’ensemble du staff du centre de formation. Même si je suis rentré chez moi, je reste au plus près des performances des joueurs qui sont susceptibles d’intégrer le groupe ASM Sevens Intermarché pour le tournoi final. J’ai également une liste de joueurs donnée par Jono Gibbes qui me permet de suivre certains pros ciblés. Je regarde tout cela…

Désormais qualifiée pour la grande finale quelle est l’ambition de l’ASM Sevens Intermarché ?
Je ne peux pas parler directement des ambitions du club car je n’en suis pas légitime, en revanche pour ce qui est de l’ambition sportive et de ma vision, nous n’avons pas de calcul à faire. Nous jouerons la gagne ! Cet été nous étions un peu dans le calcul à savoir comment parvenir à nous qualifier pour cette finale, désormais nous y sommes, c’est une « one-shot » tout est possible dans ce format particulier (Quart, Demie et Finale). Si nous perdons l’un des matches avant la finale, nous irons chercher un classement mais il est clair que nous y allons pour performer, livrer le meilleur de nous et tout faire pour gagner.

 

« Développer cette compétition pour aller chercher les joueurs de demain »

 

Cela fait longtemps que tu es dans ce milieu du 7, comment penses-tu que ce format de jeu peut permettre aux joueurs d’évoluer également à XV ?
C’est une vaste question et il est difficile d’avoir du recul par rapport à cela. Ce qui est certain c’est que l’intégration d’une belle compétition dans le calendrier de la LNR, peu importe la formule, offre une belle fenêtre d’expression à la fois pour les clubs et pour les joueurs. Pour le développement et la formation des jeunes joueurs c’est très bien. C’est aussi attrayant d’aller chercher un titre sur un tournoi qui est bien exposé et parfaitement organisé. Nous remarquons que cette formule prend toujours plus d’ampleur et de visibilité. Tout le monde a intérêt à ce que le 7 et le XV cohabitent dans un bon état d’esprit et cela même si le XV reste majeur et prioritaire. Je suis certain que le 7 peut trouver sa place et se développer conjointement avec la pratique du XV.

 

Est-ce que cette visibilité et cette exposition du 7 entrainent des devoirs pour les jeunes joueurs qui représentent le club lors de cette compétition ?
Le 7 tel qu’il est proposé par la LNR avec un championnat professionnel et cette visibilité médiatique valorise cette discipline. C’est évident que cela permet à de jeunes joueurs de mettre le pied à l’étrier et de toucher du doigt les exigences du professionnalisme et bien sûr les devoirs qui vont avec. Je le redis c’est tout « benef » pour tout le monde, les joueurs profitent de cette fenêtre de 7 pour parfaire leur développement, les clubs sont exposés dans un format différent et festif qui peut plaire à un autre public. Tout le monde a également dans le viseur le JO de Paris 2024. La FFR et Paris 2024 ont tout intérêt à valoriser et développer cette pratique dans laquelle ils pourront piocher pour construire l’équipe des JO. Plus le brassage sera important et plus il sera facile d’aller trouver de forts potentiels pour les amener par la suite vers le plus haut niveau.