Eric de Cromières « Très touché par les marques de soutien que nous recevons chaque jour »

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Eric de Cromières, notre président, balaye l’actualité du rugby en général et de notre club en particulier relatant notamment les décisions envisagées par la LNR, soulignant ces préférences et réaffirmant la remarquable générosité et le fair-play dont le club devrait faire preuve si sa place en Coupe d’Europe devait être mis en balance dans un nouveau format de compétition. Particulièrement touché par les nombreuses preuves de solidarité, de soutien et d’accompagnement témoignées par la majorité des partenaires (et les premiers supporters avant même d’être sondés), le président mesure la valeur des liens qui font la force de l’ASM. Entretien… 

 

 

Eric, le club est en pause depuis maintenant plus d’un mois, comment votre vision a-t-elle évolué sur les impacts de la crise et la reprise éventuelle de la compétition ?
Nous n’y voyons pas encore complément clair, mais tout de même de mieux en mieux. Nous savons que les phases qualificatives sont désormais terminées et qu’il n’y aura plus de match au Michelin avant d’éventuelles phases finales cet été. J’espère que le déconfinement progressif annoncé pour le 11 mai va permettre aux joueurs de couper complètement et de sortir de cette saison décidément pas comme les autres. Ils couperont, un certain temps, avant de revenir pour préparer la suivante qui pourrait débuter en terminant la dernière. Je pense tout de même qu’il faut garder espoir, que nous commençons à voir le bout d’un premier tunnel. Comme tout le monde, je suis les chiffres du ministère de la santé et j’ai confiance dans la solidité de notre système à affronter éventuellement une deuxième vague en attendant de trouver une solution plus pérenne à cette épidémie. Cet espoir nous permettrait de revivre un petit peu et d’un point de vue sportif à remettre en place, dans quelques semaines, un début d’entrainement avec probablement une distanciation sociale qu’il faudra inventer. C’est bien le point d’achoppement du rugby car pour jouer, il faut pouvoir s’entraîner en conditions de match dans un sport qui ne permet pas la fameuse distanciation sociale, quand pourrons nous lever cette contrainte et s’entrainer « normalement » afin d’envisager une reprise, je ne sais pas…

 

« Il faut bien reconnaitre que ce ne sont, de toute manière, que des formules de pis-aller ! »

 

La vision est, tout de même, plus claire dans la perspective d’une possibilité de disputer des phases finales cet été ? 
Les perspectives de fin de saison laissent désormais entrevoir des phases finales et des modèles de qualification pour la prochaine Coupe d’Europe. Il faut bien reconnaitre que ce ne sont, de toute manière, que des formules de pis-aller ! On cherche à gommer les injustices notamment vis-à-vis du Stade Toulousain que l’on peut comprendre vis-à-vis du lourd tribut qu’ils ont dû payer en début de saison lors de la Coupe du Monde et du Tournoi. Ce n’est qu’une preuve de plus que ce championnat à 14 est une hérésie et que la solution de réduire à 12 clubs est la solution pour réduire ces doublons. J’en profite aussi pour rappeler que si l’injustice peut être recevable pour Toulouse, elle le serait encore peut être davantage pour Clermont si nous étions amenés à ne pas disputer la prochaine Coupe d’Europe alors que nous sommes (toujours) qualifiés pour les ¼ de finales de la saison en cours, positionné dans les six, et que nous sommes le club français le plus performant et le plus représenté dans les phases finales de Champions Cup sur la dernière décennie. Dans ces conditions, la position de Clermont et aussi de la Rochelle de « revoir le modèle de qualification » en intégrant Toulouse et Montpellier serait, au bas mot et pour le moins, « remarquable de générosité et de fair-play » dans la mesure où cette décision serait prise. 
Ma préférence est claire : 1/Favoriser la proposition intelligente d’une Coupe d’Europe modélisée sur un nouveau format de 8 poules de 3 clubs (qualifiant 8 équipes françaises et faisant également gagner une date sur la saison prochaine) dans la mesure où celle-ci serait acceptée par les équipes celtes. 2/Disputer des quarts de finale complets de Top14 3/Envisager éventuellement de remettre en jeu notre sixième place lors d’un match de barrage européen qui je le dis une nouvelle fois serait preuve d’une bonne volonté, d’une générosité et d’un fair-play remarquables du club. Toutes les solutions évoquées génèreront de la frustration des uns et des autres qu’ils faudra accepter.

 

Mathieu, notre médecin, exprimait en fin de semaine dernière ses inquiétudes quant à la possibilité de reprendre la compétition. Les comprenez-vous et est-ce que vous les partagez ?
Oui tout à fait, il faut absolument que les moyens de contenir cette épidémie permettent aux entreprises, et au cas particulier du rugby dans un second temps, de repartir. Le deconfinement va faire à nouveau monter le risque de contamination dans une population peu immunisée. Je pense qu’il faudra des tests très fréquents et nous n’avons pas de visibilité là-dessus. Cette épidémie repose sur un tabouret à trois pieds dont on fait tout pour qu’il ne se casse pas la gueule : le niveau d’occupation des services de réanimation, les masques et les tests. La France est partie avec un retard considérable dans tous ces domaines et n’a pas eu d’autres solutions que le confinement qui permet de gagner du temps avant d’espérer vivre « à peu près » normalement avec la présence de virus sur le territoire. C’est encore très flou et plein de zones d’ombre mais il ne faut pas oublier que nous ne sommes que le 21 avril. Nous évoquons des phases finales qui pourraient se dérouler fin aout. Nous sommes dans la crise depuis un-deux mois, nous avons 2 fois plus de temps pour anticiper la suite. Cette échelle de temps doit clairement être présente dans nos esprits et doit malgré tout entretenir l’espoir, nous ne sommes pas non plus à l’abri d’une avancée scientifique qui pourrait apporter des solutions dans les mois à venir, peut-être pas à travers un vaccin mais grâce à une solution thérapeutique médicamenteuse. 

 

« Ce sont dans les moments difficiles que l’on voit la valeur des liens qui unissent le club et ceux qui le font vivre »

 

Vous avez récemment envoyé une lettre à vos partenaires afin de les tenir informés de la situation. Quels retours en avez-vous reçus ?

A partir du moment où nous savions que la saison régulière était terminée, et face à l’inquiétude de nos partenaires qui ont également à vivre des situations individuelles parfois difficiles, nous avons choisi avec l’équipe « partenariat » de les informer et aussi leur témoigner tout notre soutien. Il était aussi important de voir à travers leurs réponses comment nous positionner pour le futur. Le partenariat représente plus de 50 % du budget du club, nous avons besoin de nous projeter sur plusieurs scénarios pour monter un business plan pour la saison prochaine. De très nombreux partenaires, de toutes tailles, nous ont fait savoir qu’ils ne nous demanderaient pas de compensation et seraient avec nous la saison prochaine… Je suis profondément touché par cette réaction qui montre un véritable amour pour le club, et j’espère que nous saurons leur rendre. C’est dans les moments difficiles que l’on voit la valeur des liens qui unissent le club et ceux qui le font vivre. J’ai été particulièrement touché par exemple par le message de l’opticien Optic Jaune et Bleu qui nous a fait parvenir un message bouleversant et sera à nos côtés. Je pourrais aussi parler des retours particulièrement sincères et chaleureux de Michelin, Paprec, le Crédit Agricole, Théa, et beaucoup d’autres. Nous sommes en train de travailler sur la manière dont nous pourrons reconnaitre tous ces gestes, que nous recevons chaque jour et qui prouvent la qualité, la solidité et l’union de la famille asémiste. Peut-être pourrions-nous mettre en place un mur de la reconnaissance, du remerciement, je ne sais pas encore. Les abonnés et nos supporters ne seront pas oubliés, nous savons leur importance et leur soutien indéfectible. Eux-aussi pourront participer à la solidarité dont le club a besoin, nous allons reprendre contact très prochainement avec eux afin de sonder leur volonté et leur possibilité. Nous sommes très heureux de voir que dans la difficulté nous avons beaucoup plus de gens qui font bloc et montrent leur solidarité que de personnes qui partent en courant. Cela est très touchant et montre la place que peut avoir notre club. Bien sûr, je comprends et je comprendrais également tous ceux qui se retrouvent dans une grande difficulté par le fait de cette crise sanitaire qui cause de lourds dégâts ; nous ferons notre maximum pour les compenser de la meilleure des manières. 

 

Tout cela vous donne-t-il confiance et des garanties pour l’avenir ?
Des garanties pas encore, de la confiance : oui ! Nous ne nous sentons pas seuls. Nous avons passé avec mes collègues présidents quelques journées avec des sueurs froides en plantant le décor de la pire situation qui pourrait se présenter. Il faut surtout espérer que nous soyons en mesure de démarrer la saison prochaine dans des conditions normales ce qui à ce jour n’est pas encore assuré sanitairement. 

 

Pensez-vous que le rugby d’après sera différent du rugby d’avant, dans sa dimension sportive ou économique ? 
A priori j’aurais tendance à répondre non sauf à penser que l’ensemble des grands partenaires changent leur fusil d’épaule, ce que je ne pressens pas à la lumière ce que nous évoquions précédemment. Dans notre économie, le partenariat est le nerf de la guerre avec 50 % du budget, vient ensuite la Billetterie et chez nous les abonnés (mais aussi leur consommation dans nos boutiques et buvettes) qui représentent environ 20 %.  Sans ces deux composantes, la viabilité du club n’est pas possible. Nos supporters sont également l’âme du club et si cela n’est pas vraiment quantifiable, nous en avons la pleine conscience. Ce sont eux qui font que nous appartenons tous à la même famille ASM et la font vivre. Le rugby d’après devra leur montrer encore davantage de reconnaissance. 
Peut-être que ce rugby de demain devrait également en profiter pour remettre à plat son système. Que l’ensemble des instances World Rugby, EPCR et les ligues en profitent pour refondre totalement les calendriers à commencer par celui qui concerne le rugby international. Je suis convaincu qu’un Top 12 serait une solution et que l’on devrait même porter le rugby professionnel à 36 clubs en « professionnalisant » l’Elite Fédérale pour en faire une structure à 3 niveaux professionnels de 12 clubs (Top 12, ProD2, Pro F). Peut-être même en ajoutant une compétition intermédiaire à « entrée nivelée » sur le modèle de la Coupe de France dans le Football. L’idée pourrait même être affinée en utilisant pour cette compétition transversale seulement les joueurs français (ou Jiff) et peut être même de moins de 25 ou 28 ans. Cela permettrait de voir plus de matches dans les territoires historiques de notre sport, de promouvoir les jeunes et la formations des clubs, tout en préservant un calendrier plus allégé au niveau de l’Elite qui serait bénéfique pour l’Équipe de France.