L’avenir : c’est pour Bibi !

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A 19 ans le prometteur pilier clermontois fait partie de la génération « huis-clos », des joueurs talentueux lancés dans le grand bain du Top 14 dans des stades vides pendant 10 mois de compétition. A l’heure où les phases finales approchent et où le public revient, l’envie et l’excitation sont décuplées. Bibi qui est venu à Clermont pour le partage, l’engouement populaire et la culture du travail poursuit sa belle progression en toute humilité. Portrait… 

 

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Tous les supporters clermontois savent ce qu’ils faisaient le 29 mai 2010 lorsque les Auvergnats brandissaient le bouclier de Brennus au stade de France pour la première fois de l’histoire du club. Bibi, lui, « avait piscine ! » Cela pourrait être une blague, mais même pas… Au moment où son demi-de-mêlée actuel, Morgan Parra, triomphait des Catalans de Franck Azéma (alors dans le camp d’en face) il barbotait dans la piscine de Morsang-sur-Orge et n’avait pas encore touché un ballon ovale. Il avait alors 8 ans et même pas toutes ses dents… Le rugby n’était pas un projet, même pas une idée. Mais dans cette famille de sportifs avec un papa boxeur, une maman qui pratique le volley et le basket, l’activité sportive n’est pas une option pour les quatre enfants mais un cadre éducatif. Et c’est bien grâce à la natation que Daniel a découvert le Rugby. « Un voisin nous amenait à la piscine avec mon frère et des copains. Il nous a proposé d’essayer. A la base j’étais plutôt réticent, je voulais faire du judo, mais j’ai fini par me laisser convaincre d’essayer. » Et l’essayer c’est l’adopter puisque le jeune garçon de 9 ans déjà costaud « accroche direct »au club voisin de Viry-Châtillon. « J’ai adoré l’aspect offensif, le plaisir de porter le ballon et je n’ai ensuite jamais lâché. » il rejoint quelques années plus tard le club de Massy où son frère l’a devancé (il jouera à Carcassonne en Pro D2 puis à Beaune en Fédérale 1). Pas encore sur les tablettes de la Fédération, il est recalé au Pôle Espoirs et choisit le sport étude de Bretigny-sur-Orge pour mener, en parallèle, le rugby ainsi qu’un Bac Pro et un BEP vente suivant les pas de son père qui travaille dans l’import-export dans le secteur alimentaire. « Mon père est d’origine congolaise (sa mère est ivoirienne). Toute ma famille est encore installée au Congo où nous nous sommes rendus à plusieurs reprises grâce au travail de mon père. Le travail et la famille sont des valeurs fortes de mon éducation ». Le choix de rejoindre Clermont s’est ainsi révélé comme une évidence. « J’étais très fier et heureux d’intéresser un club comme Clermont où je savais que j’avais tout pour bosser et progresser. Aujourd’hui, avec le recul, je sais que je ne me suis pas trompé et que j’ai fait le bon choix. » Le staff sportif avait aussi flairé le potentiel de ce gaucher moderne et explosif puisque c’est bien Franck, Didier et Bernard, en personnes qui avaient reçu Daniel lors de sa visite des installations alors qu’il n’avait que 16 ans. « Je m’en souviens très bien et c’est d’ailleurs à ce moment, avec toute l’humilité nécessaire, que je me suis dit qu’il fallait tout faire pour les revoir le plus vite possible en rejoignant le groupe pro. »

 

 Il ne faudra que 2-3 saisons et une progression constante avec les Espoirs pour que Bibi force la porte du groupe pro et participe à son premier match à 19 ans tout juste lors de la réception du Stade Toulousain (en septembre 2020). « Mon objectif a toujours été de raccrocher le wagon avec les Pros. Dès les Crabos j’avais cela en tête. » Une ambition avouée que l’humilité protège de la vanité. « Je me rends compte qu’il n’y a pas de secret, les pros sont des bosseurs, ils ont chacun leur force, l’expérience et une forme de décontraction dans laquelle nous, les jeunes, nous ne pouvons pas aller. C’est parfois déstabilisant de les voir « relax » tout en abattant des charges de travail énorme.  Je suis bien trop jeune pour adopter cette attitude… je vais attendre un peu avant de la prendre « relax », rigole-t-il. Dans un environnement de travail qui lui correspond parfaitement, le gaucher a vite intégré les exigences du professionnalisme. « Je m’inspire beaucoup de Judi, il est passé par Massy, je le connais depuis longtemps et a une attitude exemplaire. Il y a toujours un truc à travailler, je commence à le comprendre. Les anciens ont leur routine mais ils sont toujours en train de penser à la manière de progresser. Cela nous remet à notre place et nous incite à faire la même chose ».  Un mimétisme payant puisque le travail de Daniel paye à l’image de son temps de jeu qui ne fait que progresser (13 feuilles de match cette saison) et de la récompense d’un contrat qu’il a signé cet hiver (2 années Espoirs + un an pro). 

 

Pour prendre la mesure du club dans lequel ils évoluent, il manque encore quelque chose à cette génération de jeunes joueurs qui n’a connu que des stades vides (ou aux jauges dérisoires) : l’ambiance d’un public déchainé ! Les phases finales qui approchent pourraient leur donner un aperçu de ce qui les attend pour le reste de leur carrière. « Il y a forcément de l’impatience car nous n’avons joué, cette saison, que dans des stades vides. C’est assez paradoxal, car dès que nous croisons des gens en dehors, nous recevons beaucoup d’encouragements, les gens sont à fond… et lorsque nous jouons, il ne se passe pas grand-chose. » D’autant que cet engouement, cette passion qui ne tarderont pas à revenir progressivement au plus près des acteurs, sont l’une des caractéristiques qui ont fait venir le gaucher de la région parisienne à l’Auvergne. « L’ASM entretient cette culture du partage avec son public et se retrouver au milieu de cela doit être énorme. » Nul doute que le jeune et prometteur pilier clermontois ne tardera pas à le découvrir, lui qui est désormais engagé avec les « jaune et bleu » jusqu’en juin 2024.

Sa carrière est lancée et même si le Rugby n’a pas vraiment de notoriété dans le pays où il a ses origines, il sait la fierté que cela représente pour les siens. « Le Congo, c’est l’Afrique, le rugby est un sport qui est très loin derrière de nombreux autres mais dès que tu passes à la TV cela devient autre chose. Je sais que ma famille est contente et prend la dimension de ce que cela représente en France. » Au point de générer des vocations… « C’est vrai que je reçois parfois des messages sur les réseaux sociaux de joueurs qui sont là-bas et sont en attente de conseils » Bibi leur répond avec l’humilité qui le caractérise. Qui sait ? peut-être que l’un d’entre eux quittera l’Afrique centrale et trouvera une opportunité pour s’exprimer dans le Top 14 où le gaucher clermontois semble avoir un avenir tout tracé…