La méthode selon Jono Gibbes

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Dans un long entretien, Jono Gibbes, le patron du sportif de l’ASM Clermont Auvergne revient sur sa prise de fonction et la méthode qu’il met en place depuis son arrivée au club afin de tirer le collectif vers le haut. Entre connaissance des hommes, précision et organisation, le stratège néo-zélandais se projette sur la suite de la saison et celles à venir. Entretien…

 

Jono, cette victoire face à Toulouse vient-elle récompenser l’investissement du groupe que tu soulignes depuis quelques semaines ?

Oui, nous avons passé quelques temps compliqués avec la pandémie et les reports de matches qui avaient désorganisé nos semaines de travail. L’adaptation du staff et l’investissement du groupe a permis de livrer une grosse performance face au Stade Toulousain : c’est l’esprit que nous voulons voir et qui fait du bien à tout le monde.

 

C’est aussi un match où l’équipe a su être constante sur 80 minutes. Le travail paye…
On ne peut pas dire que nous avons été parfaits lors de ce match, nous avons eu des moments difficiles, mais le gros point positif est que nous n’avons jamais lâché. Quand nous avons commis des erreurs, nous avons été capables, l’action suivante, de les rattraper grâce à un investissement total et une grosse générosité. 

 

« Le Rugby est comme toutes les entreprises : c’est une association d’individus qu’il faut comprendre et mettre en confiance pour travailler ensemble ! »

 

Depuis ton arrivée au club tu as souvent parlé de la fierté que tu éprouvais et de la responsabilité qui était la tienne à la tête du sportif … Peux-tu nous en dire un peu plus ?
La fierté c’est quand tu es nommé à la tête de cette équipe sur les premiers mois, la responsabilité c’est après des matches face à Castres, l’Ulster ou la préparation du match de Toulouse. C’est une lourde responsabilité car l’ASM est un club emblématique du rugby français qui a une histoire riche et possède un profond héritage. Nous sommes tous ici pour le meilleur de ce club, pour faire honneur à notre maillot. Oui c’est une grosse responsabilité mais c’est surtout une opportunité géniale et motivante qui me donne beaucoup d’énergie dans le travail que je partage chaque jour avec un staff de qualité. J’ai trouvé un groupe qui a connu des moments difficiles mais qui a envie de progresser, de grandir. Je suis encore et régulièrement impressionné de voir l’investissement et la détermination que met ce groupe sur le terrain, ce sont de formidables indicateurs positifs. La première partie de mon travail a été d’analyser les hommes. J’avais déjà eu l’expérience de ce club, je connaissais la culture de travail, le fonctionnement de l’ASM, son environnement mais j’avais besoin de faire connaissance avec les personnes et comprendre leurs motivations. Ce n’est pas fini, nous sommes encore dans un apprentissage les uns des autres, dans une recherche de valeurs communes. Dans toute relation, il est important de prendre le temps de se connaitre et de gagner la confiance pour avancer. Évidemment, nous sommes encore dans cette phase où je dois comprendre comment utiliser au mieux le caractère de tous les hommes qui composent ce groupe pour amener un maximum de cohésion. Le Rugby est comme toutes les entreprises : c’est une association d’individus qu’il faut comprendre et mettre en confiance pour travailler ensemble ! Je ne suis pas pour un cadre stéréotypé, je préfère que tous restent authentiques et que nous utilisions la nature de chacun pour faire quelque chose qui rend notre groupe unique. Pour obtenir le meilleur de chacun parfois tu dois ajouter un peu de motivation, parfois un peu de renforcement positif, mon rôle est de trouver le bon équilibre…

 

Comment décrirais-tu ton management, dans lequel tu impliques de plus en plus des anciens joueurs qui portent un héritage, une transmission « jaune et bleu » comme Dato ou Aurélien ? 

Je crois que l’héritage est la chose la plus importante pour moi. Cela fait partie de mon éducation néo-zélandaise. Nous grandissons avec la volonté de respecter et d’améliorer notre maillot, de transmettre à ceux qui suivront quelque chose de mieux sans le changer fondamentalement. Dato et Aurélien sont dans cette vision avec des parcours différents mais des valeurs communes évidentes. Ils sont les gardiens des principes de ce club. Nous avons beaucoup à apprendre et nous nourrir de ce qu’ils peuvent nous apporter. Didier (Retière) dans un autre registre va également apporter des choses complémentaires. C’est un personnage très expérimenté du rugby français avec des missions très spécifiques à Marcoussis autour du développement et de la technique. Ce sera une ressource très intéressante pour le club. Ensemble, notre mission sera de continuer à comprendre comment utiliser, de la meilleure des manières, les ressources dont nous pouvons disposer en tant que joueur mais aussi en tant qu’homme. 

 

On sent que tu t’attaches, après avoir fait l’état des lieux des forces en présence, à ouvrir de nouvelles opportunités et faire grandir les joueurs du club …

Ma priorité est d’évaluer et de comprendre qui a envie et l’ambition de faire grandir ce club, d’y laisser sa trace, d’y faire sa carrière. Les jeunes formés au club peuvent avoir cette ambition avec l’envie de faire leur place. Je sais, aujourd’hui, sur qui je peux compter. Les 6 derniers mois m’ont permis de voir les beaux jours avec de belles victoires mais aussi de voir comment les joueurs étaient capables de réagir après les défaites face à Castres, à Perpignan… ou encore d’évaluer le caractère du groupe dans une période épidémique compliquée. J’ai une vraie visibilité maintenant et je peux être précis sur mes choix et mes décisions. 

 

Ces 6 mois étaient-ils nécessaires pour faire ce cheminement ?

Oui, ce qui prend du temps c’est de comprendre l’homme derrière le joueur. Je n’ai pas besoin de motiver tous les joueurs de la même façon, certains n’ont pas besoin d’être « piqué » d’autres si… c’est ce travail d’individualisation et de profondeur qui nécessite du temps. 

 

Cela nous amène vers l’avenir des joueurs au club…

Je crois qu’il y a déjà eu beaucoup de travail effectué vis-à-vis des prolongations que nous souhaitons. Très rapidement, nous serons en position de les annoncer. L’objectif est de les inscrire dans une progression. Rester ou partir n’est pas une finalité. Ce qui doit nous pousser est de continuer à progresser et comprendre nos attentes. Comme je l’ai dit, l’important dans ma vision est de transmettre des valeurs. Bien sûr il y a une question de salaire mais le plus important pour moi est de comprendre comment chaque joueur est capable d’améliorer l’environnement qui l’entoure et notre équipe. La composition d’un groupe n’est jamais finie, c’est un travail permanent et continu. Nous travaillons pour la saison actuelle, la saison à venir mais nous devons déjà nous projeter sur celle d’après… 

 

D’autres évolutions sont-elles à prévoir dans le futur afin de renforcer ton staff ?

Mon boulot est de faire progresser le sportif et de créer la meilleure expérience possible pour les joueurs. Je suis toujours en recherche d’améliorations pour permettre aux joueurs d’être plus constants, plus performants. Je suis à l’écoute et en éveil sur ce que nous pouvons faire pour réorganiser notre façon de travailler. Le travail d’un coach est toujours conflictuel vis-à-vis du temps. Tu dois employer toutes les énergies possibles pour préparer le match du week-end mais tu dois aussi toujours avoir en tête l’avenir du groupe. Évidemment, si nous avons des opportunités de nous renforcer avec des personnes complémentaires dans un contexte où les équipes adverses sont de plus en plus compétitives, nous ferons tout pour nous en donner les moyens. 

 

Jono, nous sommes dans un période de vœux, que peut-on souhaiter à l’ASM et à tes joueurs pour l’année à venir ?

Comme je l’ai dit après Toulouse, j’ai le sentiment que ceux qui étaient au stade ou devant leur TV ont vu une équipe engagée et déterminée qui portent les valeurs de solidarité et de générosité de ce club. Notre ambition est de trouver de la constance, d’être capable chaque semaine de jouer avec ces valeurs là et de rendre ceux qui nous supportent fiers d’être toujours à nos côtés. L’objectif est de trouver du partage entre tous ceux qui composent notre environnement : les joueurs, le staff, les partenaires, les supporters, notre région. C’est facile de dire les choses, mais tout le monde attend des actes, il n’y a que cela qui compte.