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Voyage au bout du monde…

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Jean-Marc Lhermet et Bertrand Rioux ont profité de leur voyage au Fidji visant au renouvellement de la convention liant le club auvergnat à la province de Nadroga pour permettre au bouclier de Brennus de faire le plus long voyage de son histoire. Une formidable marque de reconnaissance pour les éducateurs de Nadroga et les familles des joueurs fidjiens qui ont grandement contribué au dernier titre des « jaune et bleu », l’an dernier au stade de France. Entretien autour d’un périple à plus de 17 000 kilomètres de la terre des volcans.

 

Jean-Marc, quels étaient les objectifs de ce voyage au Fidji ?
Le premier était de discuter du renouvèlement de la convention signée avec la province de Nadroga depuis 2010 et qui arrive bientôt à son terme.  Nous avions fait le point avec les différents acteurs sportifs concernés au niveau du club (Franck Azéma, Xavier Sadourny, Sam Cherouk et Bertrand Rioux) pour envisager une évolution de cette convention dans les années à venir. L’idée était de discuter de cela et de trouver un accord sur une nouvelle période. Le deuxième objectif était de leur faire profiter du Brennus, de mettre à la disposition de toute la communauté de Nadroga ce trophée pour lequel leur contribution a été importante notamment pour la conquête de nos titres en 2010 et 2017. A travers les différents partenariats que nous avons, la province de Nadroga fait partie de la « famille ASM » et il nous a paru important de leur permettre de le toucher, de le voir et de le célébrer comme beaucoup de gens ont pu le faire en Auvergne.

 

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Revenons avant d’évoquer le Brennus sur cette convention et ses évolutions…
Le bilan du partenariat entre l’ASM et Nadroga est très positif et bien plus riche qu’une signature au bas d’un page. Depuis 8 ans maintenant, nous avons construit une véritable relation de fond avec des échanges réguliers sur des aspects techniques et méthodologiques mais aussi en permettant à certains joueurs de venir terminer leur formation à l’ASM et pour certains d’entre-eux de briller avec l’équipe professionnelle. Ces choses-là fonctionnent bien et se renforcent au fil du temps et au gré des liens qui se sont créés entre les structures mais aussi les hommes et notamment de Jiko Matawaly, le président de Nadroga Rugby qui est déjà venu à plusieurs reprises à Clermont. L’idée était de faire évoluer le périmètre de cette convention avec l’ambition de travailler sur des aspects qui vont au-delà du domaine sportif en s’ancrant plus profondément dans l’environnement de Nadroga à travers une action sociétale orientée vers le monde éducatif. Un autre aspect de cette évolution pourrait concerner le Rugby féminin puisque l’Academy de Nadroga à une section féminine qui commence à se diriger vers le haut niveau. À travers ASM Romagnat Rugby, comme nous le faisons avec les garçons, nous regardons si d’éventuelles passerelles sont possibles vers le rugby féminin. Nous avons également pas mal discuté autour de la pré-formation qu’ils souhaitent mettre en place dans leur province afin de rassembler et mieux préparer les jeunes joueurs à l’entrée à l’Academy de Nadoga qui concerne les 16-17 ans.

Seremaia Bai et ses enfants nés en Auvergne remplis d'émotion autour du Bouclier !

Venons-en au bouclier, avant de le présenter aux gens de Nadroga, il a fallu lui faire traverser une bonne partie de la planète…
Et cela n’a pas été une mince affaire ! Le bouclier est un objet atypique. Il n’a pas, en soi, de valeur marchande, mais une symbolique énorme et aucun transitaire n’a l’habitude de prendre en charge ce genre de produits qui ne peut pas voyager en soute comme un bagage classique. La logistique a été compliquée car il a fallu faire partir le bouclier une dizaine de jours avant nous en l’adressant à l’ambassade de France afin de « sécuriser » l’envoi avec l’aide précieuse de l’ambassadeur, Sujiro Seam, et prévoir la même chose pour le retour. Le Brennus a voyagé un peu comme un « trésor national » vers le pacifique.  Nous sommes vraiment contents d’y être arrivés au regard de l’impact que cet objet a pu avoir au Fidji.

Le Brennus était-t-il connu à Nadroga ?
Oui, les gens qui aiment et font vivre le rugby à Nadroga connaissaient ce trophée, sans forcément y accorder l’importance qu’il peut avoir dans le monde du rugby français. Les anciens joueurs fidjiens (Seremaia Baï ou Sireli Bobo) qui l’ont gagné ont rapidement participé à l’attirance du bouclier sur l’île.

Cela a été l’occasion de revoir de nombreux joueurs fidjiens qui ont fait les beaux jours du Top 14 et de l’ASM avant de revenir au Fidji…
Oui nous avons vu pas mal d’anciens joueurs, mais aussi beaucoup de familles de joueurs évoluant en France qui sont venues voir le bouclier. J’ai en tête la famille Waisea (Stade Français) mais aussi beaucoup d’autres qui ont eu l’occasion de toucher ce symbole comme le font, ici, les supporters où les fans de rugby, partout en France, à chaque fois qu’il est exposé.

 

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Qu’est-ce que vous avez envie de retenir de ce dernier voyage au Fidji ?
Chacun de nos voyages fut très instructif notamment sur la culture fidjienne qui est très particulière et éloignée de la nôtre. Cela nous permet de mieux la comprendre et de nous en servir dans notre façon d’intégrer les joueurs quand ils arrivent en France. Il y a un tel décalage que lorsque l’on n’est pas imprégné de leur culture, de leur manière de vivre, nous sommes susceptibles de faire des erreurs dans l’accueil de ces joueurs qui vivent un changement radical en posant les pieds en France. Au-delà de cela, c’est toujours mieux pour sceller des conventions comme celle qui nous lie avec Nadroga de discuter les yeux dans les yeux et sur leurs installations des engagements que les uns et les autres s’engagent à prendre. Cela permet de développer de meilleures relations et des liens forts entre les Hommes.

Le bouclier de Brennus a probablement vu beaucoup de choses depuis sa création, ce voyage a certainement dû l’enrichir de quelques anecdotes supplémentaires…
Oui, je pense que le bouclier a découvert énormément de choses. Nous avons eu l’occasion de participer à la préparation d’un match entre l’équipe de Nadroga et la rivale de Suva. Nous avons vécu l’avant-match avec la remise des maillots autour du bouclier, puis après la victoire de Nadroga le Brennus était dans le vestiaire avec les joueurs qui célébraient la victoire en chantant. Ce fut un moment très fort et très particulier de voir ce bouclier porté par des joueurs d’une province fidjienne à l’autre bout du monde. Ensuite lors de différentes visites de villages, il a participé à une messe traditionnelle fidjienne très colorée avec des chants merveilleux et énormément de gens. Le Brennus a vécu des choses qu’il n’avait jamais vécu et qu’il n’est pas prêt de revivre un jour. Il est aussi allé visiter le village de Yato (où nous avons rencontré sa maman et ses deux sœurs) ou Raka dans la campagne fidjienne assez reculée dans les terres à la découverte d’une culture et de gens uniques et formidables. Le Brennus, comme nous, gardera de fabuleux souvenirs de ce voyage au Fidji.

 

 

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