Xavier Sadourny « notre philosophie n’a jamais été de jouer « petit-bras » en attendant la faute de l’adversaire »

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Xavier Sadourny a du sang « jaune et bleu » qui coule dans ses veines. L’ancien ouvreur qui a signé sa première licence à l’ASM à l’âge de 7 ans verra sa mission et son périmètre s’élargir aux côtés de l’équipe professionnelle dès la saison prochaine. Désigné responsable de l’attaque auvergnate par Franck Azéma, il aura en charge l’animation et la circulation offensive des « jaune et bleu ». Passionné et imprégné depuis plusieurs générations par l’identité asémiste, Xavier aborde ce nouveau challenge avec détermination et conviction. Entretien… 

 

 

Xavier ton rôle va évoluer lors de la prochaine saison. Quels sont les principaux changements ? 
Pour faire simple, j’étais le matin avec les pros et les après-midis avec le centre de formation dans un rôle de passerelle entre les deux structures. Mon rôle était d’assurer le lien et le liant entre les pros et les jeunes du centre de formation au niveau du jeu mais aussi de la philosophie. J’avais aussi un regard sur les joueurs méritants et ceux qui pouvaient l’être un peu moins pour permettre une transversalité physique, technique … et presque philosophique aussi. Le but de cette fonction était de permettre aux différents joueurs de parler le même langage, d’avoir les mêmes repères de jeu afin de gagner du temps dans l’intégration des jeunes dans l’environnement professionnel. Avec les pros, j’étais entraineur adjoint et j’intervenais aussi bien avec les trois-quarts que les avants mais aussi dans le jeu au pied, une autre de mes fonctions était de décrypter le jeu adverse afin de prévoir les zones dans lesquelles nous pouvions être attaqués et les méthodes que nos adversaires employaient. Franck m’a demandé de passer à plein temps avec l’équipe première et de prendre en charge tout le secteur offensif. Cela concerne les trois-quarts mais pas seulement puisque cela prend en compte les mouvements de joueurs, la circulation et l’animation offensive, tout ce que nous allons mettre en place pour créer du danger et donner une identité à notre forme de jeu. C’est un poste différent que j’ai accepté avec beaucoup de plaisir et de convictions. 

 

La « patte » Xavier Sadourny sera-t-elle rapidement visible ou évoluera-t-elle au fil du temps à partir du jeu en place actuellement ?

Je ne pars pas d’une page blanche, bien au contraire. L’idée est de rester dans la lignée de ce qui se fait ici, et qui fonctionne, depuis maintenant plusieurs saisons. Clermont possède un ADN fort au niveau de l’animation offensive et je vais bien sûr m’appuyer là-dessus pour construire le futur. Je vais apporter, au fur et à mesure, quelques touches personnelles pour coller avec mes convictions. Bien sûr, tout sera fait en concertation avec Franck qui reste l’entraîneur en chef et à qui je soumettrai toutes mes inspirations qu’il devra valider et intégrer dans le plan de jeu de notre équipe. 

 

Historiquement, Clermont est reconnu pour être tranchant sur les premiers temps de jeu. Est-ce ta philosophie de l’attaque et continueras-tu dans cette voix ou apporteras-tu de l’incertitude sur des temps de jeu plus lointains ?

Je pense que plus vite on met les équipes en danger, plus elles sont vulnérables. C’est bien évidemment de plus en plus difficile de marquer ou franchir sur le premier temps de jeu et il faut apprendre à être patients et savoir tenir le ballon, mais, pour cela, il faut savoir quoi en faire pour conserver la dynamique à travers les courses avec et sans ballon… tout cela fait partie de l’animation offensive que tous devront s’approprier. La volonté sera d’être vite dangereux, notre philosophie n’a jamais été de jouer « petit bras » en attendant la faute de l’adversaire, nous ne changerons pas notre identité mais j’espère que nous adapterons nos structures pour continuer de mettre un maximum de danger quand nous devrons utiliser le ballon. L’attaque reste un rapport de force, il ne faut pas garder le ballon à n’importe quel prix, il faudra aussi savoir être lucides et utiliser le pied et les espaces libres quand ils seront nécessaires. 

 

« l’ambition sera de parvenir à exprimer les qualités de chacun et de jouer ensemble » 

 

Comment peut-on encore être créatif dans un rugby d’attaque ? Doit-on inventer ou s’inspirer de ce qui se fait ailleurs ? 
Un peu des deux … Bien évidemment nous devons être en éveil sur ce qui se fait ailleurs. Nous avons, par exemple, regardé la plupart des matches de la Coupe du Monde ou encore les provinces néo-zélandaises qui ont repris plus vite. Nous ne cherchons pas à copier mais à chercher les inspirations, quels espaces se sont ouverts et pourquoi ? Le vecteur commun est l’identité : les équipes qui sont performantes s’appuient dessus et ne cherche pas à se dénaturer, c’est pourquoi il faut toujours jouer avec ses qualités et sa culture. L’ASM a cette identité offensive, à nous se savoir la cultiver et l’enrichir parfois à travers d’autres inspirations parfois en cherchant à innover. L’ensemble du groupe est composé de joueurs qui aiment toucher du ballon. Il y a des passeurs, des joueurs de duels, des perforateurs, l’ambition sera de parvenir à exprimer les qualités de chacun et de jouer ensemble avec lucidité en fonction des espaces libres qui se présenteront ou que nous provoquerons. 

 

Ta motivation personnelle est-elle décuplée par cette nouvelle mission ?

Très sincèrement, je n’ai jamais eu de plan de carrière. A Lyon, j’étais entraineur en chef et j’ai accepté de revenir à Clermont pour une mission transversale entre le secteur professionnel et la formation : j’y ai pris beaucoup de plaisir. Désormais, c’est un nouveau challenge, je crois que le changement et la remise en question sont vecteurs de motivation. Je prends ces nouvelles missions avec beaucoup de détermination, de conviction et de passion, c’est comme cela que je conçois le métier d’entraineur. L’exigence et la pression seront peut-être différentes mais la passion est toujours là et bien là.

 

La politique de formation du club qui chaque saison fait éclore de nouveaux joueurs te place dans une position où tu auras à diriger beaucoup de joueurs que tu as déjà côtoyé au centre, j’imagine que c’est un avantage important puisque tu les connais mieux que personne…
Oui, c’est certain, mes débuts à l’ASM remontent à 1984 avec ma première licence à 7 ans. Même si j’en suis partie une dizaine d’années, la formation clermontois fait partie de mon histoire. Tous les joueurs que j’ai vu passer avec les jeunes et qui sont aujourd’hui avec les pros ont fini de me convaincre d’accepter cette nouvelle mission. Je connais ces joueurs (et aussi les futurs), leur manière de jouer mais aussi leurs qualités humaines. Être dans un club qui laisse la chance aux jeunes joueurs est important dans ma philosophie d’entraineur, c’est une chose dans laquelle je crois et pour laquelle je continuerai de me battre dans les années futures. 4 joueurs signent pro cette saison (Sipili Falatea, Alexandre Fischer, Damian Penaud, Jacobus Van Tonder)… il y en aura d’autres dans les années futures.