L’Afrique du Sud a la facilité de réduire l’échelle des distances. Ainsi, lorsque nous avons contacté Daniel Kotze (Clermontois entre 2011 et 2016) pour lui proposer de venir passer les deux derniers jours avec l’ensemble du groupe pour préparer la rencontre face aux Sharks, le solide droitier qui a porté les couleurs du XV de France à 4 reprises, a accepté dans la seconde … « Oui, oui ne t’inquiète pas ce n’est pas loin… 600km ». Une balade, pour Dany, aujourd’hui installé à Senekal, une province située au-dessus du Lesotho où il travaille dans la ferme que son père (vétérinaire) avait acheté à ses 6 ans et que le pilier clermontois a beaucoup développé depuis. Toujours avec le même sourire et la même gentillesse le colosse sud-africain se rappelle avec plaisir de ses années clermontoises…

Les traits n’ont pas changé, la bouille a légèrement forcit mais le bonhomme est toujours le même. Il a débarqué ce midi à l’hôtel de la délégation clermontoise un grand sourire aux lèvres « franchement j’étais surpris quand tu m’as appelé mais je suis tellement content de revenir ici passer un moment avec l’équipe. » Depuis son départ de France (où il a passé 12 années en débutant à Aurillac puis avec l’ASM et Castres) le droitier a laissé le rugby de côté pour se consacrer à sa ferme. Même s’il a repris le terrain, avec des copains du Senekal, l’an dernier « pour se marrer », cela n’a pas durer bien longtemps « j’ai même repris du poids durant ma saison « se marre-t-il. « Le Rugby a été une parenthèse géniale de ma vie mais maintenant, je ne suis plus trop, je m’occupe de ma famille (marié et 4 filles de 2 à 10 ans) et de la ferme. Pourtant le frisson est revenu presque instantanément lorsque Daniel a rejoint l’hôtel, pris le bus et suivi les joueurs lors de leur mise en place au Kings Park. « Ça rappelle tellement de bons souvenirs… »  Et ceux-ci reviennent au galop lorsqu’il évoque « Le record d’invincibilité à la maison. Franchement, je pensais qu’il nous était impossible de perdre au Michelin. Nous avons vécu des choses incroyables notamment lors de ma dernière année. Rugbystiquement, je n’ai jamais vécu mieux. J’ai enchainé je ne sais pas combien de matchs… A Castres c’était un peu pareil avec Christophe ! »

« J’ai vu Vern sourire à Toulon, je pensais qu’il ne pouvait pas ! » 

D.KOTZE

En revenant sur sa carrière, Dany voit deux couleurs principales « du Jaune et Bleu » « Quand je suis arrivé d’Aurillac, j’ai travaillé tellement dur pour être au niveau de cette équipe et je me souviens de notre déplacement à Toulon. Ce jour-là nous avions gagné avec une équipe que de jeunes. Ce soir-là, (il se marre) je me souviens avoir vu Vern Cotter sourire, je ne pensais pas qu’il pouvait ! » « Il me fait sortir après 60 minutes, j’avais des crampes et je lui dis désolé, désolé … je voulais faire plus. Et il m’avait dit « T’inquiète Dany tu as suffisamment donné ! » A pour donner, Dany était un sacré client, toujours à 100% dans l’engagement et dans le collectif, un pilier en or apprécié de tous, sur qui on pouvait compter les yeux fermés et voyager. Pas étonnant que le courant soit aussi bien passé avec Christophe (avec qui il a été champion de France à Castres en 2018). « C’est super de retrouver Christophe aussi. Mon ancien coach avec mon ancien club. Cela ne m’étonne pas de le voir ici, c’est un super mec avec de bonnes valeurs qui collent parfaitement avec l’ASM. » Dany n’aura laissé que de bons souvenirs en Auvergne et dans le Tarn avant d’aller poursuivre sa vie dans son pays natal où il est impliqué dans une agriculture raisonnable où la santé animale est une préoccupation première.

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Dany en éleveur soucieux de respecter les préoccupations bio-environnementales

« Nous avons un gros marché de vente de bétail en Afrique du Sud et nous travaillons pour que le déplacement des animaux soit régulé afin que la sécurité sanitaire soit respectée. Dans notre région nous essayons de trouver de bonnes solutions pour continuer de travailler et produire du bétail de qualité dans la durée. » une vocation qui s’est mise en place très jeune puisque Dany a repris la ferme que son père (vétérinaire) avait acheté dans sa jeunesse et qu’il a aujourd’hui bien développé. « Mes parents ne sont pas des fermiers, ce sont des vétérinaires. Quand je suis rentré en Afrique du Sud, j’ai acheté de la terre autour pour que nous puissions en vivre. Aujourd’hui, nous avons environ 200 vaches, 450 moutons, une centaine de chèvres et un peu de maïs pour nourrir tout ça ! Mais la terre du Senekal est très sèche, pas vraiment la plus fertile du pays, c’est plutôt pour nourrir les bêtes que pour autre chose. » Pour l’Afrique du Sud, l’exploitation (de 1700 hectares) est « moyenne » mais cela suffit à notre ancien droitier qui reste d’une humilité et d’une gentillesse incroyables. « Vraiment je suis tellement content de pouvoir revenir un peu un moment comme ça ! » Et nous donc… et pour l’occasion on le gardera jusqu’à la fin du match face aux Sharks avant que le droitier au « cœur Jaune et Bleu » ne reprenne le chemin du Senekal (et les 6 heures de route) pour retrouver sa petite famille dans sa ferme sud-africaine. Dany, ce n’était que des sourires et de la bonne humeur, sauf pour les gauchers qui ont croisé sa route sur les pelouses du championnat de France.